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COMMÉMORATION DE L’ARMISTICE DE 1918

Discours prononcé ce jeudi 11 Novembre 2021, à l’occasion du 103e anniversaire de l’Armistice de 1918.

Mesdames, Messieurs les élus,
Messieurs les Présidents des Associations patriotiques,
Messieurs les anciens combattants,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,

Pour comprendre la guerre, il faut parfois se pencher sur les conditions de la paix qui l’a précédée. Ainsi, le 10 mai 1871, le Traité de Francfort privait la France d’une grande partie de l’Alsace et de la Lorraine. Notre pays était condamné à une forte indemnité de guerre. 

Dans les écoles de la République naissante, une tâche sombre couvrait les régions passées sous la bannière de la jeune mais puissante Allemagne de Bismarck. Des régions annexées non pas comme une compensation, mais pour repousser les futurs assauts français. 

Pourtant, l’impératrice Eugénie avait demandé que ces régions restent françaises, au Roi de Prusse, Guillaume 1er. Sans succès, car le souverain germain voulait repousser la frontière française et créer une zone tampon en prévision du prochain conflit. Il l’écrivait d’ailleurs à l’impératrice française : « C’est cette triste considération seule, et non le désir d’agrandir une patrie dont le territoire est assez grand, qui me force à insister sur des cessions de territoire qui n’ont d’autre but que de reculer le point de départ des armées françaises qui à l’avenir viendront nous attaquer ».

La Paix de 1871 n’avait donc aucune ambition définitive. 

Chacun savait qu’elle ne serait qu’une pause dans la longue histoire des guerres européennes, une reprise de respiration après des combats rudes et des modifications profondes des régimes politiques qui dessinaient une nouvelle Europe en pleine mutation économique et démocratique. 

Une quarantaine d’années plus tard, les nationalismes européens n’attendaient qu’une étincelle pour que la haine des discours prenne vie sur les champs de bataille. Cette étincelle sera, dans un premier temps, l’assassinat de l’archiduc François Ferdinand et de son épouse Sophie, à Sarajevo, le 28 juin 1914, par des nationalistes serbes. En France, le dernier rempart pacifiste, Jean Jaurès, est assassiné le 31 juillet 1914 par un étudiant nationaliste, Raoul Villain. La guerre inévitable peut débuter. 

Le bilan de la guerre fut à la hauteur de sa préparation, effroyable. 

Sur le champ de bataille européen, ce sont au total près de 10 millions de morts et de disparus, 21 millions de blessés qui seront à déplorer après cette guerre tragique, dont les combats prennent fin officiellement le lundi 11 Novembre 1918.

Côté français, 1 422 776 Poilus meurent au combat durant les quatre années de guerre. 

1 422 776 vies humaines perdues auxquelles il faut ajouter plus de 4 millions de blessés. 

A côté de ces chiffres, les mots semblent bien dérisoires. 

Avec les morts, avec les blessés, et notamment ces “gueules cassées” dont les photos rendent si vrais les récits de nos livres d’histoire, ce sont des familles entières qui sont brisées. Des veuves, des orphelins, mais aussi des parents qui ne reverront jamais leurs enfants tombés au combat. 

Dans l’esprit de tous, en France, comme partout en Europe, cette guerre mondiale sera la dernière. La Der des Ders. 

Mais si les combats cessent, la diplomatie ne prépare qu’une paix inacceptable de l’autre côté du Rhin. Une fois de plus, la paix affichée dans le Traité de Versailles, signé le 28 juin 1919, prépare avant tout la guerre en imposant à l’Allemagne des conditions inacceptables : amputation d’une partie de son territoire, limitations imposées dans son réarmement, renoncement à ses colonies et réparations financières hors du commun à l’égard des alliés. 

Alors que le deuil n’est pas terminé, le ressentiment allemand se fait jour. La faiblesse de la République de Weimar permet l’émergence démocratique du national-socialisme outre-Rhin. Les pouvoirs autoritaires, voire totalitaires, deviennent une norme européenne avec l’accession au pouvoir de Benito Mussolini en 1922 en Italie, de Joseph Staline en 1924 en URSS, de Francisco Franco, en 1936, en Espagne. 

En France, la IIIe République, à bout de souffle, ne peut que constater les mutations en cours et user d’une diplomatie inefficace. 

La guerre est proche, elle fera 60 millions de morts entre 1939 et 1945 à travers le monde. 

Pour comprendre la guerre, il faut parfois se pencher sur les conditions de la paix qui l’a précédée. Préparer une paix durable, équilibrée, respectueuse de chacun est un exercice bien plus périlleux. 

Cela demande du courage, de l’humilité et de la fermeté face aux populismes, aux nationalismes, aux rêves de revanche. 

Face aux difficultés de la vie, aux crises économiques ou migratoires, au défi climatique, aux histoires lointaines parfois mouvementées, la création de bouc-émissaires et l’usage de la violence ont toujours été la réponse évidente. 

Et ce, quels que soient les pays, quelles que soient les époques, quel que soit le niveau de civilisation. 

Et les mêmes conséquences en ont toujours découlé : des victimes tuées, blessées, handicapées, des familles brisées, des sociétés touchées en leur sein et des revanches, inévitablement, planifiées. 

Si le travail de jugement de l’histoire revient aux historiens, nous avons tous une responsabilité pour notre avenir commun. Sortons des slogans, des phrases toutes faites, des incantations dont savent si bien nous abreuver les donneurs de leçons et agissons ici et maintenant. 

Travaillons ensemble sur les questions d’éducation, dont nous savons qu’elles sont l’une des conditions de l’épanouissement personnel et collectif. 

Travaillons ensemble sur les questions de vie commune, entre quartiers, entre communes voisines, pour que l’écoute et la compréhension deviennent la norme. 

Travaillons ensemble pour bâtir des solutions durables, équilibrées, fraternelles pour lutter contre les rixes et les défiances dénuées de sens que nous pouvons connaître. 

Travaillons ensemble à une ambition collective et humaniste.

La paix est difficile, mais jamais, jamais, jamais, nous ne devons céder aux sirènes de la haine. Le prix à payer n’en est que trop lourd. Ici, nous le savons. 

103 ans après la signature d’un armistice dont les conclusions ne pouvaient pas amener une paix durable, engageons-nous. Engageons-nous dans le souvenir de ceux qui sont tombés, à préserver une paix aussi totale qu’a su l’être la guerre. Ensemble. Tous ensemble.

Je vous remercie.

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